Lutter contre le racisme

Le rêve d’un Monde Nouveau
« I have a dream » de Martin Luther King

Jean-Claude Girondin
Pasteur Ménonite,
Président d’Agape France, Guadeloupe


Hormis la crise sanitaire mondiale, ce qui nous frappe cette année, c’est la vague de protestation à la suite de l’assassinat, aux Etats-Unis, de l’Africain-Américain George Floyd par la police du Minnesota. Ce meurtre ignoble a traumatisé la conscience du monde, réveillé les mémoires blessées et transformé les cris et les peines en appel à un monde nouveau et à une société post raciale.

Le monde d’après n’est pas étranger aux Chrétiens.

La mort brutale de George Floyd a engendré un mouvement de colère noire entraînant également des Blancs qui, telle une onde de choc, a traversé les continents.
Dans l’hexagone et les Antilles françaises, pendant des semaines, des vagues de protestation ont échoué sur les statues de Victor Schoelcher, Colbert, etc. pour les déchouquer, les déboulonner, les renverser jusqu’à les briser. Ces manifestations ont une fonction positive : poser un acte d’affirmation de son identité et dénoncer une injustice mémorielle. Les Amérindiens disaient déjà que «le cyclone vient détruire tout ce qui n’aurait pas dû être construit».
En quoi ce mouvement concerne-t-il les Chrétiens ? Le souhait d’un « monde d’après » est-il étranger aux Chrétiens, ou pas ? Je pense que les Chrétiens, annonçant le projet Shalom de Dieu, sont porteurs de ce monde rêvé. Les problématiques soulevées par l’affaire George Floyd ne peuvent laisser l’Église indifférente et l’invitent à la réflexion, à l’engagement et à un christianisme de transformation. Aimer le monde, c’est être à son écoute, solidaire avec compassion dans les problèmes qu’il rencontre, c’est chercher à incarner en son sein les valeurs de l’Évangile. Cela interpelle l’Église, qui a la responsabilité d’apporter des réponses sincères et d’engager des actions concrètes. Comment inventer le « monde d’après », bâtir une société post raciale et réconcilier les mémoires ?

Nous savons que nous, les Chrétiens, avons, malheureusement, contredit les valeurs de l’Évangile en tolérant la ségrégation raciale et sociale à l’intérieur de nos communautés et dans la société.


A cause des échecs passés et présents de l’Église, nous manquons souvent d’audace, de hardiesse, pour proclamer ce message au monde. Nous devons tout faire pour combattre par des actions dignes « ces dérives afin de démontrer l’unité transculturelle de la nouvelle société de Dieu. Dieu veut que son peuple soit une expression vivante de l’Évangile, une démonstration publique de la bonne nouvelle et de la réconciliation (…) » 1. Jésus a aboli les anciennes divisions et créé une nouvelle humanité d’amour.

Membres de la Cité de Dieu, nous désirons encourager ce monde à relire son histoire politique, culturelle, philosophique dans la perspective de l’éternité, à découvrir la vanité de sa « théologie civile », à confesser son besoin de Dieu. Mais la cité terrestre qui aspire au monde d’après va-t-elle s’ouvrir à ce chemin de vie ou de salut, à cette intelligence de l’histoire qui pourra éclairer sa destinée politique, sociale et économique et ainsi lui permettre d’avoir un avenir, une espérance et reprendre un nouveau départ ?

L’Église est le monde d’après, le commencement d’un monde nouveau. Elle
est la réponse de Dieu. L’affirmer, c’est témoigner que Dieu répond à ces défis de manière évidente à travers l’humanité nouvelle. Ainsi les Chrétiens ne doivent pas se contenter de rêver ce monde, mais être l’incarnation vivante et rayonnante de ce monde annoncé par les prophètes de la Bible. Le monde d’après n’est pas un monde à inventer ; il est déjà là, c’est le monde dans lequel nous sommes appelés à entrer.

Un texte porteur de vie et d’espérance

Le monde d’après n’est pas un monde à inventer ; il est déjà là, c’est le monde dans lequel nous sommes appelés à entrer.

Martin Luther King

Le 28 août 1963, devant 250 000 personnes au Memorial Abraham Lincoln, Martin Luther King Jr prononça un des plus célèbres discours. « I have a dream » est entré dans l’histoire. King rêve tout haut d’un autre monde. C’est la meilleure réponse qu’un chrétien ait apportée à un monde qui vit un cauchemar réel.
Un texte porteur de vie et d’espérance qui inspire et insuffle un souffle indicible en transformant le désespoir en espérance et énergie créatrice. Il exprime la vision d’une fraternité universelle : « Je fais le rêve que les hommes, un jour, se lèveront et comprendront enfin qu’ils sont faits pour vivre ensemble comme des frères ». Au cours de ses combats, King n’a cessé de répéter que « Nous devons apprendre à vivre ensemble comme des frères, sinon nous allons mourir ensemble comme des idiots ». Le concept de Communauté Bien-Aimée décrit sa vision du monde. Ainsi, dans une envolée poétique, l’apôtre de la paix a mis le rêve d’humanité de Dieu en image pour nous.

Il rêve d’une communauté d’hommes et de femmes égaux en droit que Dieu a créés à son image, à des relations qui ne sont pas basées sur la culture ni sur le rang social.
Noirs et Blancs sont invités à la « table de la fraternité » dressée par Dieu lui-même.

Les murs, les barrières raciales et l’indifférence, érigés par l’orgueil et la haine sont renversés, l’amour-agapè règne dans une Totalité-Monde réconciliée, exempte d’injustice sociale, économique et politique, parce que fondée sur le projet-shalom de Dieu. Voilà ce que King voulait vivre, partager et proclamer comme une Bonne Nouvelle : un mandat de réconciliation et de libération à tous les hommes et les femmes de bonne volonté qui aspirent à l’amour, la paix et la justice bien-aimée.

Le monde d’après n’est pas un monde à inventer ; il est déjà là, c’est le monde dans lequel nous sommes appelés à entrer.

« Le problème du XXe siècle est le problème de la ligne de partage des couleurs », écrivait W.E.B. Du Bois (1868-1963) dans Les âmes du peuple noir King, lui, voit une communauté où la dignité de la personne humaine est respectée et où le cri de Black Lives Matter s’étend à tous les hommes.

Il l’exprime en ces termes : « Je rêve que mes petits-enfants vivront un jour dans une nation où ils ne seront pas jugés sur la couleur de leur peau, mais sur la valeur de leur caractère ». La dignité humaine et la valeur ultime de tout être humain sont mises en exergue.

Vivre comme des frères avec nos différences c’est le projet de Dieu pour une humanité rachetée, sauvée, libérée, guérie, réunie et transfigurée, parce que réconciliée avec lui en Jésus-Christ.

La Bible enseigne que Dieu a créé l’homme à son image. Il n’a créé qu’une seule race : la race humaine (Gn 1.26-27).

Un monde nouveau

« Je rêve que mes petits-enfants vivront un jour dans une nation où ils ne seront pas jugés sur la couleur de leur peau, mais sur la valeur de leur caractère ».

Martin Luther King

La vie de tous compte aux yeux de Dieu, celle du Blanc comme du Noir, du riche comme du pauvre. La dignité humaine est fondée sur cette affirmation biblique : l’homme et la femme étaient créés à son image Dieu, ce qui lui confère une valeur ultime devant Dieu. La vie humaine est sacrée (Gn 9.6 ; Jc 3.9).
King prend aussi en compte les douleurs du passé esclavagiste qui a laissé des séquelles dans la mémoire des peuples et des relations entre les peuples. Ce passé, qu’on pourrait croire lointain, continue de peser sur notre actualité. Les mémoires ne sont pas guéries, ni apaisées. Elles sont en guerre, encore vives et sensibles ! Malgré tout, King rêve de réconciliation entre d’anciens ennemis comme signe d’une « Nouvelle Création », car il croit à la guérison et à la pacification des mémoires. « Je rêve qu’un jour (…) les fils d’anciens esclaves et ceux d’anciens propriétaires d’esclaves pourront s’asseoir ensemble à la table de la fraternité ».

Parler du « monde d’après », c’est affirmer deux choses : nous laissons un monde ancien et nous entrons dans un nouveau ! Dieu dit à son serviteur Esaïe (65.17) : « Je vais créer un ciel nouveau et une terre nouvelle, si bien qu’on n’évoque plus le ciel ancien, la terre ancienne ; on n’y pensera plus ».

Voilà l’annonce du Monde d’Après qui est encore voilé, caché. L’apôtre Pierre (1Pi 3.13) nous dit : « Mais Dieu a promis un nouveau ciel et une nouvelle terre, où la justice habitera, et voilà ce que nous attendons ». Et, en Apocalypse 21/5, nous voyons l’accomplissement de ce monde nouveau que Dieu a promis à ses enfants. Alors, nous dit Jean, celui qui siège sur le trône déclara : « Maintenant, je fais toutes choses nouvelles ».
Oui, la Bible nous parle du monde d’après que la venue de Jésus a inauguré et que nous vivons déjà par anticipation.

f J.C.G.

Pasteur J.C. Girondin

FOI 66 - septembre-octobre-novembre 2020